En 2017, il est urgent d’attirer l’attention de tous sur les dangers du travail spéculatif, du travail gratuit, et du désengagement des maîtrises d’ouvrages publiques. Pour fêter dignement la crise de la quarantaine de la loi sur l’architecture : on vous propose de Ré-inventer Pourris !

On est venu, on a verdit… ils ont Vinci !

“Qui veut se faire carotte ?”

En 2015, vous avez eu la chance de pouvoir concourir gratuitement à Ré-inventer Paris, et deux ans n’auront pas été de trop pour digérer les kilomètres carrés de potagers sur les toits, de jardins partagés, d’algues en façades et d’espaces de co-working. De cette foire internationale aux bonnes intentions, dont cet enfer vert est pavé, la plus grande innovation est à mettre au crédit de la Mairie de Paris : un système génial de contournement de la loi MOP lui permettant de faire un coup de communication sans égal, sans débourser un centime d’argent public.

Ré-inventer la commande publique en s’appuyant sur l’espoir déçu d’une génération d’architecte aux abois, venus en masse pour faire les lièvres sans garantie aucune de rémunération pour finir sacrifiés sur l’autel douteux de l’innovation : il fallait y penser. Et dans un même mouvement se prétendre socialiste et œuvrer pour l’audace programmatique et architecturale : il fallait oser !

les chanteurs du turfu

On applaudira alors nos édiles d’avoir, en cohérence, innové jusqu’à faire le pari fou de l’émergence d’une toute nouvelle génération d’architectes, anonymes triés au milieu des 815 candidatures : Jean-Jacques Ory (retenu sur 2 sites sur 23 !), David Chipperfield, Manuelle Gautrand, X-TU, Sou Fujimoto, Jacques Ferrier, ou encore TVK… On ne regrettera que l’absence de Jean-Michel Wilmotte, qui avait pourtant assuré le teasing de l’opération dans le « Parisien », et qui devra continuer avec nous sur la route laborieuse de l’anonymat. Et si l’émission The Voice récompensait la prochaine saison deux fois Alain Souchon, puis Laurent Voulzy et Julien Clerc ?

 

Ré-inventer la commande publique

Ce coup à moindre coût a permis à la Mairie de Paris de disrupter toute la chaîne de conception des projets. En passant outre la novlangue publicitaire de l’innovation, il s’agissait simplement d’économiser de l’argent public sur le dos du secteur privé, et notamment sur les plus petits acteurs de la chaîne de conceptions que sont les équipes de maîtrise d’œuvre (architectes, urbanistes, programmistes, bureaux d’études…) dont la rémunération est habituellement encadrée par la loi.

Livrer ainsi le foncier public à une spéculation facile, en imaginant faire porter l’innovation et surtout le risque à des promoteurs dont le métier consiste justement à le minimiser, c’est surtout une forme de désengagement inquiétant des pouvoir publics, contraire à l’esprit de la loi sur l’architecture de 1977 qui définit la qualité architecturale comme étant d’intérêt public. Que ce soit par méconnaissance profonde de l’état des rapports de forces qui régissent la profession… ou par cynisme politique absolu, c’est une faute politique majeure relativement peu relayée par les médias, qui se sont occupés avec empressement d’assurer le service après-vente de l’opération.

Kesskya ?

A force de revoir ses ambitions à la baisse, en n’assumant plus sa propre part du risque, la maitrise d’ouvrage publique, l’État et la ville de Paris par exemple, pourrait ainsi se retrouver un jour dans une situation ubuesque où elle n’assurerait pas convenablement les finitions de la plus belle salle philharmonique du pays, pendant qu’à quelques kilomètres de là, au milieu d’un bois, un porteur de projet privé construirait un musée qui coûterait simplement le double.

Par exemple.

 

 

Ré-inventer Pourris.

“Allez les chercheeeeeer ! C’est votre projeeeet !”

Aujourd’hui la petite manœuvre initiée par la mairie de Paris n’en finit plus d’aiguiser les appétits pour ce « jus de cerveau à pas très cher », comme disait Sébastien Lecornu, maire UMP de Vernon lors de la candidature de sa ville à EUROPAN. Le désengagement de la maîtrise d’ouvrage publique est amorçé et la brèche du “travail gratuit” est ouverte : nous sommes tour à tour appelés par des maîtrises d’ouvrage publiques à réinventer la Seine, la Métropole, Châlon… Vous reprendrez bien un peu de gravier, avec votre vaseline ?

Réinventer Pourris c’est donc LE concours ouvert de 2017, ouvert à tous les concepteurs et créatifs qui souhaitent faire le buzz sur un sujet sérieux qui représente une menace importante pour nos métiers et nos savoir-faire.

Une petite publication sous forme de fanzine, une remise des prix, et un apéro – débat, permettront au final d’attirer l’attention de tous, confrères, co-traitants, maîtrises d’ouvrage publiques et privées, sur les dangers du travail spéculatif et du désengagement de la maîtrise d’ouvrage publique. Ce concours s’adresse donc à toutes les bonnes volontés qui trouve que plutôt que de ré-inventer sans cesse le monde, on ferait mieux de l’empêcher de se défaire.

 

Comment participer ?

Pour participer c’est simple : il suffit de nous communiquer avant le 18 Juin 2017 une proposition présentant un concept sur le site parisien de votre choix à l’adresse électronique suivante : contact(at)reinventerpourris.fr. Le format du rendu est un A2 paysage couleur, en imaginant qu’il puisse être disposé en double page d’une publication de type Magazine (et donc plié en deux).

Du mobilier urbain, au nouveau plan Voisin pour le centre de Paris, toutes les contributions sont acceptées ! N’hésitez pas à concourir sous pseudonyme : le jury donnera un prix spécial à la meilleure parodie de nom d’architecte.

Pas de DC1, pas de clients, pas ce co-traitants, pas de signatures électroniques, alors cette fois-ci pourquoi vous cantonner à la salade verte participative habituelle ? On compte sur votre humour potache pour vous emparer de tous les sujets : proliférations des normes, greenwashing, participation à outrance, habiter les toits, démagogie, SDF, voiture.. Parce que Réinventer Pourris c’est surtout Réinventer pour rire.

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Et puis là non plus on sera pas payé… mais au moins on va se marrer !

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“Hé, tu sais sur combien de site Jean-Jacques Ory a été retenu ?”